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Les interventions par la nature et l’aventure: Quand la sortie de zone de confort rime avec développement.

par Léa Maillard

En tant que travailleuse sociale, dans un système éducatif de plus en plus contrôlé, où tout type d’activité doit être analysée en fonction de ses dangers et où la prise de risque est de plus en plus évitée, j’ai pris un pari fou, mais en lequel je crois foncièrement. Je me suis spécialisée dans une approche dont la prise de risque fait partie des fondements: l’approche par la nature et l’aventure.

Pour moi, c’était comme une évidence. Ce bien-être et cet émerveillement que j’avais pu ressentir au contact de la nature, cette fierté d’avoir su dépasser mes limites physiques et mentales durant mes aventures en montagne et tout ce que ces expériences m’ont permis d’apprendre sur moi et sur le monde, je voulais que d’autres puissent en profiter. Je savais que ça pouvait être un moyen éducatif fabuleux et cela s’est confirmé.

La nature en elle-même a un effet bénéfique sur l’humain. Mais c’est la notion d’aventure et ce qu’elle implique, qu’il m’importe de développer dans cet article. Elle est définie par « un ensemble d’événements fortuits concernant une ou plusieurs personnes, d’expériences qui comportent des difficultés, une grande part d’inconnu et où le risque est considérable ». L’aventure nous fait donc sortir de notre zone de confort, et c’est justement l’un des leviers éducatifs que va utiliser cette approche.

À l’intérieur de notre zone de confort, nous avons tendance à utiliser les outils que nous avons déjà en notre possession. Lorsque nous prenons un risque, volontairement ou non, nous sortons de celle-ci et sommes obligé·e·s de trouver de nouveaux outils, de nouvelles stratégies d’adaptation, de nouvelles ressources. Celles-ci peuvent être autant intrinsèques qu’extrinsèques mais amènent toujours à une poussée développementale, à une évolution qui a pour but de nous faire retrouver cette fameuse zone de confort. Au fur et à mesure des différentes prises de risque, nous pouvons donc l’élargir.

Mais attention, si le défi que nous devons surpasser est trop grand, l’adaptation et la fierté feront plutôt place au découragement et peut-être même à la honte. Le rôle de l’éducateur·trice sera de créer des activités adaptées aux participant·e·s qui leur permettra de sortir de leur zone de confort tout en offrant un cadre d’expérimentation sécurisé et contrôlé leur permettant de retourner à leur zone de confort si besoin. On parle donc de risque perçu et non de risque réel.

Si l’activité est bien amenée, elle peut permettre aux participant.e.s de développer un sentiment de compétence et de maîtrise personnelle. L’éducateur·trice met également en place un moment de débriefing afin de faciliter le transfert entre les capacités développées durant les activités et la vie quotidienne des participant·e·s. Cette prise de risque va donc bien au-delà d’un simple élargissement de sa zone de confort dans une activité spécifique. Elle peut être une source de développement globale.

En connaissance de tout cela, et ce n’est qu’une partie des fondements de cette approche, comment ne pas vouloir offrir cette possibilité aux personnes à qui elle pourrait être bénéfique ? Je pense particulièrement aux adolescent·e·s qui ont tant besoin de lieux d’expérimentation, qui doivent encore se découvrir autant à travers leurs compétences que leurs faiblesses afin de pouvoir construire la personne qu’ils ou elles veulent être. Pourquoi n’existe-il que si peu de lieux accessibles leur offrant cette possibilité dans un cadre naturel, bienveillant et sécuritaire ? Pourquoi le risque est-il toujours évité alors qu’il pourrait être synonyme de développement ? Pourquoi n’existe-il que si peu d’offres sociales utilisant des approches alternatives ?

Par l’incompréhension et la volonté d’agir que faisait ressortir en moi ces questionnements, j’ai sauté à pieds joints hors de ma zone de confort avec la volonté d’agir sur cette situation en me lançant dans la création d’un projet d’animation et d’éducation par la nature et l’aventure pour les adolescent·e·s en difficulté. Ce défi et les risques qu’il engendre sont bien différents de ceux que j’ai pu prendre en montagne mais, comment valoriser la prise de risque dans un contexte éducatif sans oser soi-même en prendre (et en apprendre) ?

Pour approfondir le sujet: Adventure Therapy Europe (ATE). (2016). ’​Adventure Therapy with Youth at Risk’: Focusing on key-elements of common understanding within the European Adventure Therapy Partnership project ‘Reaching Further’​. Récup éré de :​http://adventuretherapy.eu/wp-content/uploads/2017/02/ATE_Literature-Review-to-Findin gs-about-AT_2017.pdf​. Le Breton, D. (2011). ​Sociologie, psychanalyse et conduites à risque des jeunes.​ Revue du MAUSS, (1), 365-384. Le Breton, D. (2014) « Pour une poétique du paysage dans le contexte de la marche », L’Information géographique, 20141 (Vol. 78), p. 44-56. DOI : 10.3917/lig.781.0044. URL : https://www.cairn-int.info/revue-l-information-geographique-2014-1-page-44.html Rojo, S. et Bergeron, G. (2017). ​L’intervention psychosociale par la nature et l’aventure : fondements, processus et pistes d’action. Québec, Canada : Presses de l’Université du Québec.

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